Photo
Capsules sur l'écologie intégrale

 

CAPSULES SUR L'ÉCOLOGIE INTÉGRALE
par Anne-Marie Chapleau, professeure à l'IFTP

 

Quinzième capsule
Le quatrième lien.
Non, je ne parlerai pas de ponts ou de tunnels pour relier Québec à Lévis. Nous évoquons souvent, dans le domaine de la foi, les liens à tisser avec nous-mêmes, avec les autres et avec Dieu. Le pape François nous invite en quelque sorte à ajouter un quatrième lien, celui avec la Création, autrement dit avec toute la nature. « La création peut seulement être comprise comme un don qui surgit de la main ouverte du Père de tous, comme une réalité illuminée par l’amour qui nous appelle à une communion universelle », dit-il bellement (LS 76). Ce quatrième lien ne saurait être facultatif ; il fait intégralement partie de notre être croyant.


Quatorzième capsule
L’Évangile de la création.
La création « parle ». L’avez-vous déjà écoutée? Elle est une « heureuse annonce » (sens du mot « Évangile » ) des merveilles du Dieu créateur. Saint François d’Assise savait étendre la voix précieuse et unique de chaque créature et ajoutait sa propre louange au concert. Dans le deuxième chapitre de Laudato Si’, le pape François lit simultanément deux livres : la Bible et le livre de la Nature. C’est là qu’il se place résolument sur le terrain des convictions de foi. La Création révèle des traits de Dieu. Et à l’inverse, « les convictions de foi offrent aux chrétiens, et aussi à d’autres croyants, de grandes motivations pour la protection de la nature et des frères et sœurs les plus fragiles » (LS 64). C’est un point important ; nous y reviendrons la semaine prochaine.


 

Treizième capsule
Nous sommes en pleine semaine Laudato Si!
Mais oui, du 16 au 24 mai, le pape nous invite à souligner le cinquième anniversaire de la sortie de sa longue lettre sur la sauvegarde de la maison commune parue en 2015. Est-ce une semaine de prière? Oui, mais pas juste! Quoi d’autre, alors? Un appel à l’action. Et ça veut dire quoi : « agir »? La bonne vieille méthode de l’Action catholique suggère d’ancrer l’« agir » sur un « voir », puis sur un « juger ». Voir : s’informer sérieusement sur la crise écologique qui est aussi une crise sociale. Juger : s’attarder aux causes de la crise, à ses enjeux profonds, discerner la direction où aller. Agir : à la lumière de ce discernement, planifier concrètement les interventions les plus appropriées. Puis, bien sûr, passer à l’action! Laudato Si! est une ressource importante pour nous faire avancer dans ce VOIR–JUGER–AGIR.


Douzième capsule
Péril en la demeure !
Quelle est la « valeur » d’une espèce vivante, animale ou végétale? Que perd-on quand l’une d’elles disparaît ? La perte n’est pas avant tout du côté des profits qui ne seront plus engrangés en exploitant cette « ressource » potentielle. C’est une perte beaucoup plus capitale : un maillon de la chaîne de la vie est irrémédiablement brisé, la beauté du monde est tuée, un chef-d’œuvre de la création est effacé. Or, les scientifiques sonnent l’alarme : la 6e extinction de masse est en cours. Quand plus du quart des espèces sont menacées, c’est littéralement la biodiversité qui se meurt, non sans conséquences fatales pour nous tous et toutes, y compris spirituelles : « À cause de nous, des milliers d’espèces ne rendront plus gloire à Dieu par leur existence et ne pourront plus nous communiquer leur propre message. Nous n’en avons pas le droit » (LS 33).

 

Onzième capsule
« Loué sois tu, mon Seigneur, pour sœur Eau », chantait autrefois saint François d’Assise. Nous avons la chance de vivre dans un pays aux abondantes réserves hydriques. Il nous est peut-être difficile d’imaginer le quotidien de ceux qui en manquent. C’est pourtant la réalité de nombreuses populations du Sud, en particulier en Afrique. Le pape François, toujours dans son encyclique sur la « sauvegarde de notre maison commune », insiste : « Ce monde a une grave dette sociale envers les pauvres qui n’ont pas accès à l’eau potable, parce que c’est leur nier le droit à la vie, enraciné dans leur dignité inaliénable » Laudato si’ (Loué sois-tu) no 30. Pensons-y lors de notre prochaine douche… et soutenons les organismes qui travaillent à rendre accessible à toutes et tous cette si précieuse « sœur ».

 

Dixième capsule
Le climat, un « bien commun ».
C’est quoi, un « bien commun »? Quelque chose qui n’appartient à personne, mais qui est là pour tous. La théologienne française Dominique Coatanéa en définit l’enjeu : « l’orientation de nos vies comme expérimentation d’un bien (la Vie) remis entre nos mains et qui est relation ». Nous sommes toutes et tous en relation avec le climat de notre Planète, notre vie en dépend. Malheureusement, il a déjà commencé à se détraquer. Si le climat devient hostile à la vie, que deviendrons-nous? Le pape François s’en inquiète dans Laudato si’ (Loué sois-tu) nos 23-26 ; il nous invite à secouer notre indifférence et à nous préoccuper des tragédies qui touchent déjà les plus pauvres « dans diverses parties du monde ».

 

Neuvième capsule
Une maison commune en piteux état. Le pape François consacre le premier chapitre de son encyclique Laudato si’ (Loué sois-tu) à brosser le portrait de « ce qui se passe dans notre maison ». Les prochaines capsules nous permettront de faire avec lui le tour des dimensions qu’il aborde. Dès le début, François dénonce la « culture du déchet ». Sans trop nous en rendre compte, peut-être, nous avons pris l’habitude de gonfler nos poubelles. Le « jeter après usage » est notre mode habituel de fonctionnement. Cependant, je me réjouis de voir le mouvement « zéro déchet » prendre de l’ampleur, y compris dans notre région. Pour plus d'information, voir leur page Facebook

En Église, nous nous demandons parfois où sont les jeunes? Fréquentez la boutique « zéro déchet » la plus près de chez vous : vous en rencontrerez à coup sûr!
 

Huitième capsule
Un cœur humain blessé.
Un très vieux récit de la Bible nous montre comment le refus des limites conduit au malheur. L’histoire d’Adam et Ève (Gn 3), qu’il ne faut pas lire comme une chronique historique, mais comme une profonde réflexion sur les racines du mal, nous montre comment la convoitise s’insinue en nous et nous soumet à la tendance totalisante du désir. Mais tout vouloir, c’est faire violence à l’autre, c’est lui nier sa place, car la limite est en effet la place de l’autre. « La violence qu’il y a dans le cœur humain blessé par le péché se manifeste aussi à travers les symptômes de maladie que nous observons dans l’eau, dans l’air et dans les êtres vivants » Laudato si’ (Loué sois-tu) no 2.

 

Septième capsule
Ne lisez pas ceci.
Non, ne lisez pas ceci si vous ne voulez pas prendre acte du réel de notre situation. La Terre a des limites, disions-nous la semaine dernière ; celles-ci sont constamment violées. En 2019, le Jour du dépassement de la Terre, c’est-à-dire le moment où toutes les ressources qu’elle peut produire en une année ont été utilisées, a été atteint le 29 juillet. Ce sera sans doute encore plus tôt en 2020. Le pape François dénonce « le mensonge de la disponibilité infinie des biens de la planète, qui conduit à la « presser » jusqu’aux limites et même au-delà des limites » Laudato si’ (Loué sois-tu) no 106. Il y voit un profond problème d’humanité. 

 

Sixième capsule
Un anthropocentrisme dévié.
Quelle est cette « racine humaine de la crise écologique » dont parle le pape François dans Laudato si’ ? C’est, en résumé, une manière faussée de se situer dans le monde, « un anthropocentrisme dévié » (LS 118) qui établit une domination irresponsable des êtres humains sur le monde, pour son plus grand malheur. « L’immense progrès technologique n’a pas été accompagné d’un développement de l’être humain en responsabilité, en valeurs, en conscience » (LS 105). Nous nous laissons guider, trop souvent, par l’immédiateté de nos désirs. Nous en venons à « ne plus percevoir d’autres significations [du] milieu naturel que celles de servir à un usage et une consommation dans l’immédiat » (LS 5). Ça pourrait peut-être fonctionner si nous vivions dans un monde infini. Mais notre pauvre Terre a des limites que nous sommes allègrement en train de dépasser.  

 

Cinquième capsule
« Tout est lié ». Cette affirmation revient d’innombrables fois dans l’encyclique Laudato si’ du pape François. Elle est aussi reprise dans Querida Amazonia, l’exhortation apostolique qui fait suite au synode sur l’Amazonie tenu en octobre 2019. Tout est lié : les cris de la terre sont aussi les cris des pauvres, et vice versa. Les mêmes causes provoquent aussi bien l’injustice dont sont victimes les pauvres, en particulier dans les pays du Sud, que la crise écologique. La racine de cette double crise est humaine et le pape l’examine lucidement : « Il y a une manière de comprendre la vie et l’activité humaine qui a dévié et qui contredit la réalité jusqu’à lui nuire » (LS 101). Quelle est cette «mauvaise manière de comprendre la vie»? Nous y reviendrons dans les semaines qui viennent. Anne-Marie Chapleau, IFTP.

 

Quatrième capsule
Une conversion nécessaire.
Tenir vraiment compte des cris et des pleurs de sœur notre mère la terre demande une conversion. « Nous avons besoin, dit le pape François, d’une conversion qui nous unisse tous, parce que le défi environnemental que nous vivons, et ses racines humaines, nous concernent et nous touchent tous. » (LS 14). Pourtant, certains « chrétiens sont passifs, ils ne se décident pas à changer leurs habitudes et ils deviennent incohérents. Ils ont besoin d’une conversion écologique » (LS 217). La question que cela pose est sérieuse : pouvons-nous vraiment nous prétendre disciples du Christ, lui qui a voulu que nous ayons la vie en surabondance (Jn 10,10), sans nous soucier de notre maison commune ?

 

Troisième capsule
Entendre les cris de sœur notre mère la terre. « Cette sœur crie en raison des dégâts que nous lui causons par l’utilisation irresponsable et par l’abus des biens que Dieu a déposés en elle » (Laudato si no 2). Selon le professeur John Zucchi, qui a été délégué du Saint-Siège à des rencontres internationales sur le climat, ce qui distingue l’encyclique du pape François des autres textes sur la question, c’est sa teneur affectueuse. Pour François, nous devons être unis à n’importe quelle créature par des liens d’affection. C’est donc à partir de l’amour qu’il faut aborder la question de la crise écologique. Cet amour nous fait découvrir « la valeur propre de chaque créature » (LS 16) et entendre les cris de chacune. Ces cris doivent résonner en nous. Le maître zen Thich Nhat Hanh, qui rejoint le pape François là-dessus, pense que, pour sauver notre monde, nous avons besoin « d’entendre en nous les sons de la Terre qui pleure ». Avons-nous l’oreille assez fine, c’est-à-dire assez aimante, pour les entendre?
 

Deuxième capsule
Laudato si’, un texte de chevet pour toutes les chrétiennes et tous les chrétiens. En 2015, le pape François publiait 
Laudato si’ (Loué sois-tu), sa lettre encyclique sur la sauvegarde de notre maison commune. Pourquoi? Il souhaitait que son texte nous aide « à reconnaître la grandeur, l’urgence et la beauté du défi qui se présente à nous » (LS 15). Les scientifiques ne savent plus comment nous alerter sur la gravité de la menace qui pèse sur notre maison commune. Pouvons-nous, comme chrétiens et chrétiennes, demeurer à l’écart de ces enjeux? Sûrement pas! Pourquoi ne pas, dès maintenant, lire ou relire Laudato si ? Vous pouvez également m’inviter à présenter l’encyclique pour votre groupe ou communauté.
 

Première capsule
Le pape François invite toutes les personnes de bonne volonté, et d’une manière particulière les chrétiennes et les chrétiens, à entrer dans l’esprit et la pratique d’une «écologie intégrale». Saint François d’Assise, qui a vécu « avec joie et simplicité » (LS 10) cet amour et ce respect pour toutes les créatures, saura nous inspirer dans ce processus de prise de conscience, de conversion et d’engagement. D’une semaine à l’autre, ces petites capsules nous permettront de découvrir différents aspects de l’écologie intégrale.